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☕ Leaves Café – un dimanche suspendu

☕ Leaves Café – un dimanche suspendu Douce musique lo-fi. Le bruit d’un ventilateur mal ajusté accompagne les clients du café. Elles s’affairent. Un espresso pour monsieur, un latte pour sa compagne. L’odeur sucrée et grillée qui flotte dans l’air trahit la sortie fraîche du four : les scones aux framboises sont chauds. Le couple les reçoit comme une offrande et quitte le petit commerce, le cœur un peu plus léger. Il ne reste qu’une cliente : une jeune étudiante asiatique. Elle sirote un matcha glacé, tapotant doucement les touches de son ordinateur portable. Pendant ce temps, les deux employées échangent à voix basse. De quoi parlent-elles ? Échangent-elles des secrets ? La conversation cesse quand la barista aux traits perses prépare un latte pour un nouveau client. Elle mousse le lait avec lenteur, lui laissant tout le temps de se gonfler d’air et de chaleur. Sa collègue — une petite rouquine — la regarde. Sa camisole bleutée met en valeur ses cheveux de feu, tandis qu’elle...

Jour d'été

  Jour d'été Le métro est bondé. 10h30, un dimanche matin; il fallait s'y attendre. Une femme musulmane au voile rose agence avec sa veste et son étui de cellulaire regarde par la fenêtre du wagon, ses yeux en amandes fixant sereinement le vide. Juste à côté, un couple vient s’asseoir. Ils fixent tous deux leur écran de téléphone.  Que regarde-t-il? Suit-il des modèles aux beautés irréalistes sur Instagram? Regarde-t-il les résultats de sport, ou encore écrit-il de la poésie? Sa copine, toute aussi obnubilée semble autant investie dans son rituel sacré. Est-ce que sa famille lui a écrit? Un ex? Elle sourit et regarde son partenaire. Fausse alerte. Les shorts, petites robes d'été et sandales se succèdent, augurant une brûlante journée de juillet.  Moi j'écris.  Je suis le témoin silencieux, l'observateur qui contemple le film qui se joue autour,  un dimanche matin dans le métro.   Jonathan 

Amina.exe - Chapitre 1

Chapitre 1 - Installation « Vous passez déjà assez de temps à travailler, laissez notre assistante virtuelle le faire pour vous ! » Aidan marchait au centre-ville de Montréal quand il vit cette publicité pour la nouvelle assistante Amina, récemment lancée par AI Life Services. Encore une de ces cochonneries qui n’existe que pour nous vendre des publicités  , pensa-t-il. Il continua son chemin vers le bus qui le menait au travail. Ces temps-ci, les employés de la Société de transport de Montréal (STM) étaient en moyens de pression, alors les autobus arrivaient toujours en retard, forçant Aidan soit à arriver en retard au bureau, soit à partir une heure plus tôt que d’habitude. Armé de son café, il sauta dans le premier bus qui passa et s’y assit. Sa montre affichait 7 h 45 et il avait une rencontre importante à 8 h 15 avec son gestionnaire. Il faut dire que dans son domaine — il était administrateur système pour une grosse compagnie — les rencontres avant 9h sont monnaie courante, surto...

Sous la peau d’un fruit (Joanie)

Le fraise montée de son pédoncule est d’un rouge pur et vif. Tel un miroir luisant, la lumière qui s’y reflète enflamme les sens. Sa peau est parfaitement lisse, on croirait presque que son enveloppe est à la limite de ce qu’elle peut contenir. Les graines qui l’a parsèment la tienne en place, tel des boutons sur le tissu d’un canapé bien rembourré. La fraise rebondit sous les doigts et reprend toujours sa forme : moelleuse et ferme à la fois. On aime gratouiller ses pépins avec les doigts et sentir leur rugosité un bref instant. Son odeur un peu âcre et sûre tente de nous révulser au départ, comme un fruit sur ses gardes, mais bientôt les arômes fruités prennent le dessus.  Au toucher des lèvres, on se demande si ce sera sucré ou bien acide. Tant de mystère devant un si petit fruit. La peau plastique et tendue cache un débordement qui pourrait nous envahir d’un coup de dent. Est-t’on vraiment prêt à goûter tant d’incertitude? Alors que je croque je suis happé de toute part. Bien m...

Le vaisseau noir - Premier chapitre (Jonathan)

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–1– Dringggg Habitué aux grasses matinées dans des draps de satin, à se remettre de nuits de fête et d’ivresse, Mike fut brutalement réveillé. Sursautant à cause de son réveil-matin, réglé pour une fois rare, il se leva à l’heure des travailleurs ordinaires. Il était seul. Un sac de voyage et une valise surdimensionnée trônaient à côté de son lit. La raison de ce réveil matinal était simple: Mike devait partir dans 40 minutes pour le spatioport, situé à trois heures de route de sa petite banlieue de Pastor's Hill. Très bientôt, Mike ferait partie d'une équipe d'expédition spatiale chargée de visiter et de documenter l'intérieur d'un étrange vaisseau figé en orbite terrestre. Ce vaisseau géosynchrone trônait depuis 32 jours dans le ciel, sous les yeux troublés des habitants de la région. Les visiteurs interstellaires n'étaient pas une nouveauté. Depuis le premier contact extraterrestre, il y a environ 220 ans, les habitants de la Terre étaient régulièrement visit...

Une feuille angoissée (Jonathan)

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   Lueurs du soleil. Brise printanière. Gazouillis chaotiques et à la fois parfaitement harmonieux. Je sens le soleil me réchauffer alors que je prends conscience, lentement, de mon existence. J’ignore ce qui m’a mené là, ni encore pourquoi et comment je suis arrivée là, mais voilà que je me trouve au bout de la branche d’un érable argenté. Je ne me sens pas seule; je suis bien entourée. Partout autour de moi, mes sœurs feuilles se tortillent et ondulent dans la brise d’un matin de printemps. Il n’y a encore que quelques jours, nous étions des bourgeonnes, encore loin des tracas de la vie, du vent, du bruit et des chevreuils téméraires qui essaient de nous croquer. Alors que je fais ma routine matinale d’étendre mes nervures au maximum pour une photosynthèse optimale, je surprends une conversation bien étrange. Ma voisine de branche raconte à sa voisine qu’à ce qu’il paraîtrait, les feuilles ne durent qu’une seule saison. Au début, elles sont petites, fragiles et elles atteign...

Tomber au travail (Joanie)

Petit texte avant qu’il ne reste plus du tout de feuilles dans les arbres. 🍂 Il paraît qu’on tombe à l’automne. C’est notre arbre qui nous a annoncé à nous toutes la fin de notre contrat à venir. Pas que quitter ce premier poste ne m’enchante pas. La photosynthèse a ses ennuis! Mais dès que la lumière se fade, que les journées raccourcissent, on rentre chaque jour au bouleau avec une fatigue grandissante. Je suis quand même une feuille comme les milliers d’autres qui forment mon arbre! N'empêche, je me plais bien à capter les rayons dorés pour les transformer en énergie. Je suis travaillante et dévouée à cette alternance vitale d’inspiration et d’expiration pour notre hôte. On voudrait que ça dure pour toujours, mais on a toutes accepté cet engagement à durée indéterminée. J’ai même cru entendre entre les branches que c’est un arrêt définitif. On va toutes devoir quitter un jour, et ça y est, on devient brunâtres et friables. C’est la disgrâce. Malgré tous les nœuds que l’on a su...